À première vue, comparer la bataille de Trafalgar de 1805 à la bataille d’Angleterre de 1940 peut sembler assez étrange.
D’un côté, des vaisseaux de ligne en bois, des voiles, des canons et l’amiral Nelson.

De l’autre, des Spitfire, des Hurricane, des Messerschmitt et la Luftwaffe.
135 années séparent les deux événements.
Et pourtant…
Lorsque l’on ne regarde plus les batailles elles-mêmes, mais leur conséquence stratégique, les ressemblances deviennent assez étonnantes.
Car en 1805 comme en 1940, une grande puissance continentale domine une grande partie de l’Europe et envisage d’envahir l’Angleterre.
Dans les deux cas, une armée attend sur les côtes françaises.
Et dans les deux cas, le principal obstacle reste le même : la Manche.
Napoléon face à l’Angleterre
Au début du XIXe siècle, Napoléon rassemble autour de Boulogne une importante armée destinée à débarquer en Angleterre.
Les hommes sont là.
Les embarcations sont préparées.
L’Angleterre se trouve seulement à quelques dizaines de kilomètres.
Mais pour traverser, Napoléon doit résoudre un problème considérable :
la Royal Navy.
Il n’a pas forcément besoin de détruire toute la flotte britannique, il lui faut surtout obtenir temporairement la maîtrise de la Manche. Quelques jours pourraient suffire pour permettre à son armée de traverser.
Tout le problème est là.
Napoléon possède probablement la meilleure armée terrestre d’Europe mais elle ne peut rien faire tant qu’elle reste bloquée sur le continent.
Trafalgar : une porte qui se ferme
Il faut néanmoins corriger une idée souvent répétée.
Ce n’est pas Trafalgar qui fait quitter Boulogne à Napoléon.
Lorsque la bataille a lieu le 21 octobre 1805, la Grande Armée a déjà quitté les côtes françaises depuis plusieurs semaines pour marcher vers l’Autriche.
Napoléon a compris que son plan naval ne fonctionne pas et que la situation militaire en Europe exige désormais son attention à l’Est.
Quelques semaines plus tard viendra Austerlitz.
Mais Trafalgar change malgré tout profondément la situation.
La victoire britannique confirme que la Royal Navy conserve la maîtrise des mers et rend extrêmement difficile tout retour rapide au grand projet d’invasion.
On pourrait presque résumer la situation ainsi :
Napoléon avait déjà quitté Boulogne avant Trafalgar.
Mais Trafalgar ferme la porte derrière lui.
L’Angleterre reste inaccessible.
1940 : le même problème revient
135 ans plus tard, une situation étonnamment similaire apparaît.
En juin 1940, la France vient d’être vaincue.
L’Allemagne contrôle désormais les côtes qui font face à l’Angleterre.
La Wehrmacht a remporté victoire après victoire sur le continent.
Et Hitler envisage à son tour une invasion de la Grande-Bretagne.
L’opération reçoit un nom : Seelöwe – Lion de mer.
Une nouvelle fois, l’armée existe.
Une nouvelle fois, les embarcations sont rassemblées.
Une nouvelle fois, l’Angleterre est juste en face.
Et une nouvelle fois, quelques dizaines de kilomètres de mer posent un problème considérable.
Cette fois, il faut aussi contrôler le ciel
Hitler rencontre pourtant une difficulté supplémentaire.
Napoléon devait principalement neutraliser la Royal Navy.
En 1940, les Allemands doivent également neutraliser la Royal Air Force.
Il paraît difficile d’imaginer des centaines de barges allemandes traversant lentement la Manche avec les Hurricane et les Spitfire pouvant les attaquer librement.
Avant de débarquer, il faut donc obtenir la supériorité aérienne.
C’est l’un des objectifs essentiels de la bataille d’Angleterre.
Et c’est ici que le parallèle avec 1805 devient particulièrement intéressant.
Napoléon voulait obtenir une fenêtre de supériorité sur la mer.
Hitler cherche une fenêtre de supériorité dans le ciel.
Dans les deux cas, cette fenêtre doit permettre exactement la même chose : faire traverser une armée.
La RAF n’a pas besoin de détruire la Luftwaffe
La bataille d’Angleterre est parfois présentée comme une immense victoire où la RAF aurait détruit la Luftwaffe.
Ce n’est évidemment pas le cas. L’aviation allemande reste extrêmement puissante après 1940. Mais les Britanniques n’ont pas besoin de la détruire. Ils doivent simplement rester capables de combattre.
Tant que les chasseurs britanniques peuvent décoller, intercepter les raids allemands et empêcher la Luftwaffe de contrôler totalement le ciel du sud de l’Angleterre, l’invasion devient extrêmement risquée.
C’est finalement exactement la même logique qu’en 1805.
La Grande-Bretagne n’a pas besoin de vaincre Napoléon sur terre.
Elle doit simplement empêcher son armée de traverser.
En 1940, elle n’a pas besoin de détruire la Wehrmacht.
Elle doit encore une fois l’empêcher de traverser.
17 septembre 1940
La Luftwaffe ne réussira jamais à éliminer le Fighter Command.
Le 17 septembre 1940, Hitler reporte l’opération Seelöwe.
Le projet ne disparaît pas immédiatement, mais l’invasion de l’Angleterre ne sera finalement jamais déclenchée. Comme Napoléon avant lui, Hitler possède une immense armée sur le continent.
Mais il ne parvient pas à créer les conditions nécessaires pour lui faire franchir la Manche.
Et dans les deux cas, l’Angleterre reste hors d’atteinte.
Deux batailles très différentes… pour un résultat assez proche
Évidemment, Trafalgar et la bataille d’Angleterre ne sont pas directement comparables.
Trafalgar est une bataille navale de quelques heures. La bataille d’Angleterre est une campagne aérienne qui dure plusieurs mois.
À Trafalgar, la flotte franco-espagnole subit une lourde défaite.
En 1940, la Luftwaffe n’est absolument pas détruite.
Mais si l’on prend un peu de recul, les similitudes apparaissent.
En 1805 :
une armée attend sur les côtes françaises.
En 1940 :
une autre armée attend sur les côtes françaises.
En 1805 :
il faut contrôler la Manche.
En 1940 :
il faut contrôler la Manche et son ciel.
En 1805 :
les Britanniques empêchent cette supériorité navale.
En 1940 :
ils empêchent cette supériorité aérienne.
Le résultat est identique :
l’armée ne traverse pas.
Quelques dizaines de kilomètres infranchissables
C’est probablement ce qui rend ces deux épisodes aussi fascinants.
Napoléon est capable de faire marcher ses armées à travers une grande partie de l’Europe.
Hitler est capable de vaincre la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique et la France.
Mais tous les deux arrivent finalement devant le même obstacle.
Quelques dizaines de kilomètres d’eau.
La Manche n’est pourtant pas infranchissable.
Elle l’a été de nombreuses fois au cours de l’Histoire.
Comme avec Guillaume Le Conquérant en 1066 !

Ou le 6 juin 1944, les Alliés la traverseront dans l’autre sens !

Mais pour traverser une mer face à un ennemi déterminé, il faut contrôler suffisamment la mer et le ciel.
C’est précisément ce que Napoléon ne parvient pas à obtenir en 1805 et ce que Hitler ne parvient pas davantage à obtenir en 1940.
Et après l’Angleterre… l’Est
Il existe enfin une dernière similitude assez étonnante.
Lorsque Napoléon comprend en 1805 que l’invasion de l’Angleterre n’est plus réalisable dans l’immédiat, son armée quitte Boulogne et marche vers l’Est pour Ulm, Vienne, Austerlitz.
En 1940, après l’échec de la bataille d’Angleterre et l’abandon progressif de Seelöwe, Hitler tourne lui aussi son attention vers l’Est.
Le 22 juin 1941, l’opération Barbarossa est lancée contre l’Union soviétique.
Évidemment, Trafalgar ne « provoque » pas Austerlitz et la bataille d’Angleterre ne « provoque » pas Barbarossa.
Les situations sont beaucoup plus complexes mais la succession des événements reste étonnante.
Deux puissances continentales.
Deux projets d’invasion de l’Angleterre.
Deux armées massées face à la Manche.
Deux échecs à obtenir la maîtrise nécessaire à la traversée.
Puis, dans les deux cas, un immense effort militaire dirigé vers l’Est.
Finalement, ces deux batailles ne se ressemblent pratiquement pas dans leur déroulement.
Mais derrière ces différences se cache presque la même histoire.
Celle d’une puissance militaire continentale capable de remporter d’immenses victoires sur terre…mais incapable de franchir quelques dizaines de kilomètres d’eau.
(NB : Cet article a été réalisé en partie avec de l’IA)
