Trafalgar 1805 – Bataille d’Angleterre 1940 : deux batailles, une même Manche

À première vue, comparer la bataille de Trafalgar de 1805 à la bataille d’Angleterre de 1940 peut sembler assez étrange.

L’amiral Horatio Nelson victorieux à Trafalgar mais mortellement blessé par un tir de mousquet français avant la fin de la bataille

D’un côté, des vaisseaux de ligne en bois, des voiles, des canons et l’amiral Nelson.

De l’autre, des Spitfire, des Hurricane, des Messerschmitt et la Luftwaffe.

135 années séparent les deux événements.

Et pourtant…

Lorsque l’on ne regarde plus les batailles elles-mêmes, mais leur conséquence stratégique, les ressemblances deviennent assez étonnantes.

Car en 1805 comme en 1940, une grande puissance continentale domine une grande partie de l’Europe et envisage d’envahir l’Angleterre.

Dans les deux cas, une armée attend sur les côtes françaises.

Et dans les deux cas, le principal obstacle reste le même : la Manche.

Napoléon face à l’Angleterre

Au début du XIXe siècle, Napoléon rassemble autour de Boulogne une importante armée destinée à débarquer en Angleterre.

Les hommes sont là.
Les embarcations sont préparées.
L’Angleterre se trouve seulement à quelques dizaines de kilomètres.
Mais pour traverser, Napoléon doit résoudre un problème considérable :
la Royal Navy.

Le HMS Victory, vaisseau amiral de la Royal Navy lors de la bataille de Trafalgar, encore visible de nos jours à Portsmouth.

Il n’a pas forcément besoin de détruire toute la flotte britannique, il lui faut surtout obtenir temporairement la maîtrise de la Manche. Quelques jours pourraient suffire pour permettre à son armée de traverser.
Tout le problème est là.
Napoléon possède probablement la meilleure armée terrestre d’Europe mais elle ne peut rien faire tant qu’elle reste bloquée sur le continent.


Trafalgar : une porte qui se ferme

Il faut néanmoins corriger une idée souvent répétée.
Ce n’est pas Trafalgar qui fait quitter Boulogne à Napoléon.

Lorsque la bataille a lieu le 21 octobre 1805, la Grande Armée a déjà quitté les côtes françaises depuis plusieurs semaines pour marcher vers l’Autriche.

Napoléon et ses Grognards

Napoléon a compris que son plan naval ne fonctionne pas et que la situation militaire en Europe exige désormais son attention à l’Est.
Quelques semaines plus tard viendra Austerlitz.
Mais Trafalgar change malgré tout profondément la situation.

La victoire britannique confirme que la Royal Navy conserve la maîtrise des mers et rend extrêmement difficile tout retour rapide au grand projet d’invasion.
On pourrait presque résumer la situation ainsi :
Napoléon avait déjà quitté Boulogne avant Trafalgar.
Mais Trafalgar ferme la porte derrière lui.
L’Angleterre reste inaccessible.

Trafalgar Square à Londres

 

 

 

 

 

 

 

1940 : le même problème revient

135 ans plus tard, une situation étonnamment similaire apparaît.
En juin 1940, la France vient d’être vaincue.
L’Allemagne contrôle désormais les côtes qui font face à l’Angleterre.
La Wehrmacht a remporté victoire après victoire sur le continent.
Et Hitler envisage à son tour une invasion de la Grande-Bretagne.

L’opération reçoit un nom : Seelöwe – Lion de mer.

Une nouvelle fois, l’armée existe.
Une nouvelle fois, les embarcations sont rassemblées.
Une nouvelle fois, l’Angleterre est juste en face.
Et une nouvelle fois, quelques dizaines de kilomètres de mer posent un problème considérable.

Cette fois, il faut aussi contrôler le ciel

Hitler rencontre pourtant une difficulté supplémentaire.
Napoléon devait principalement neutraliser la Royal Navy.
En 1940, les Allemands doivent également neutraliser la Royal Air Force.

Il paraît difficile d’imaginer des centaines de barges allemandes traversant lentement la Manche avec les Hurricane et les Spitfire pouvant les attaquer librement.

Avant de débarquer, il faut donc obtenir la supériorité aérienne.
C’est l’un des objectifs essentiels de la bataille d’Angleterre.
Et c’est ici que le parallèle avec 1805 devient particulièrement intéressant.
Napoléon voulait obtenir une fenêtre de supériorité sur la mer.
Hitler cherche une fenêtre de supériorité dans le ciel.
Dans les deux cas, cette fenêtre doit permettre exactement la même chose : faire traverser une armée.

La RAF n’a pas besoin de détruire la Luftwaffe
La bataille d’Angleterre est parfois présentée comme une immense victoire où la RAF aurait détruit la Luftwaffe.
Ce n’est évidemment pas le cas. L’aviation allemande reste extrêmement puissante après 1940. Mais les Britanniques n’ont pas besoin de la détruire. Ils doivent simplement rester capables de combattre.
Tant que les chasseurs britanniques peuvent décoller, intercepter les raids allemands et empêcher la Luftwaffe de contrôler totalement le ciel du sud de l’Angleterre, l’invasion devient extrêmement risquée.

C’est finalement exactement la même logique qu’en 1805.
La Grande-Bretagne n’a pas besoin de vaincre Napoléon sur terre.
Elle doit simplement empêcher son armée de traverser.
En 1940, elle n’a pas besoin de détruire la Wehrmacht.
Elle doit encore une fois l’empêcher de traverser.

17 septembre 1940
La Luftwaffe ne réussira jamais à éliminer le Fighter Command.
Le 17 septembre 1940, Hitler reporte l’opération Seelöwe.

Le projet ne disparaît pas immédiatement, mais l’invasion de l’Angleterre ne sera finalement jamais déclenchée. Comme Napoléon avant lui, Hitler possède une immense armée sur le continent.
Mais il ne parvient pas à créer les conditions nécessaires pour lui faire franchir la Manche.
Et dans les deux cas, l’Angleterre reste hors d’atteinte.

Deux batailles très différentes… pour un résultat assez proche

Évidemment, Trafalgar et la bataille d’Angleterre ne sont pas directement comparables.
Trafalgar est une bataille navale de quelques heures. La bataille d’Angleterre est une campagne aérienne qui dure plusieurs mois.
À Trafalgar, la flotte franco-espagnole subit une lourde défaite.
En 1940, la Luftwaffe n’est absolument pas détruite.

Mais si l’on prend un peu de recul, les similitudes apparaissent.

En 1805 :

une armée attend sur les côtes françaises.

En 1940 :

une autre armée attend sur les côtes françaises.

En 1805 :

il faut contrôler la Manche.

En 1940 :

il faut contrôler la Manche et son ciel.

En 1805 :

les Britanniques empêchent cette supériorité navale.

En 1940 :

ils empêchent cette supériorité aérienne.

Le résultat est identique :

l’armée ne traverse pas.

Quelques dizaines de kilomètres infranchissables

C’est probablement ce qui rend ces deux épisodes aussi fascinants.
Napoléon est capable de faire marcher ses armées à travers une grande partie de l’Europe.
Hitler est capable de vaincre la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique et la France.
Mais tous les deux arrivent finalement devant le même obstacle.
Quelques dizaines de kilomètres d’eau.
La Manche n’est pourtant pas infranchissable.
Elle l’a été de nombreuses fois au cours de l’Histoire.

Comme avec Guillaume Le Conquérant en 1066 !

Traversée de la Manche par l’Armada de Guillaume Le Conquérant évoquée sur la tapisserie de Bayeux

Ou le 6 juin 1944, les Alliés la traverseront dans l’autre sens !

L’Armada Alliée en juin 1944 sur Omaha Beach, Colleville-sur-Mer.

Mais pour traverser une mer face à un ennemi déterminé, il faut contrôler suffisamment la mer et le ciel.
C’est précisément ce que Napoléon ne parvient pas à obtenir en 1805 et ce que Hitler ne parvient pas davantage à obtenir en 1940.

Et après l’Angleterre… l’Est

Il existe enfin une dernière similitude assez étonnante.

Lorsque Napoléon comprend en 1805 que l’invasion de l’Angleterre n’est plus réalisable dans l’immédiat, son armée quitte Boulogne et marche vers l’Est pour Ulm, Vienne, Austerlitz.

En 1940, après l’échec de la bataille d’Angleterre et l’abandon progressif de Seelöwe, Hitler tourne lui aussi son attention vers l’Est.
Le 22 juin 1941, l’opération Barbarossa est lancée contre l’Union soviétique.
Évidemment, Trafalgar ne « provoque » pas Austerlitz et la bataille d’Angleterre ne « provoque » pas Barbarossa.

Les situations sont beaucoup plus complexes mais la succession des événements reste étonnante.

Deux puissances continentales.

Deux projets d’invasion de l’Angleterre.

Deux armées massées face à la Manche.

Deux échecs à obtenir la maîtrise nécessaire à la traversée.

Puis, dans les deux cas, un immense effort militaire dirigé vers l’Est.

Finalement, ces deux batailles ne se ressemblent  pas dans leur déroulement.
Mais derrière ces différences se cache presque la même histoire.
Celle d’une puissance militaire continentale capable de remporter d’immenses victoires sur terre…mais incapable de franchir quelques dizaines de kilomètres d’eau.

(NB : Cet article a été réalisé en partie avec de l’IA)

Le partage c'est la liberté

Pointe du Hoc et Longues-sur-Mer : pourquoi l’une fut-elle prise d’assaut le 6 juin 1944 et pas l’autre ?


Lorsque l’on évoque le Mur de l’Atlantique face aux plages du Débarquement, certains noms reviennent immédiatement : Brécourt, Azeville, Crisbecq, Merville, Longues-sur-Mer ou encore la Pointe du Hoc.

Toutes ces positions représentaient, à des degrés différents, une menace pour les forces alliées qui s’apprêtaient à débarquer en Normandie le 6 juin 1944.

Mais deux d’entre elles m’ont toujours particulièrement intrigué : la Pointe du Hoc et la batterie de Longues-sur-Mer.

Pourquoi ?

Parce que le commandement allié décida de traiter ces deux menaces d’une manière radicalement différente.

À la Pointe du Hoc, après les bombardements aériens et navals, des Rangers américains commandés par le lieutenant-colonel James E. Rudder reçurent une mission particulièrement audacieuse : débarquer directement au pied des falaises, les escalader sous le feu ennemi, s’emparer de la position et détruire ses canons.

À Longues-sur-Mer, aucune opération comparable ne fut organisée.

Pourtant, contrairement à ceux de la Pointe du Hoc, les canons de Longues étaient bien présents le matin du 6 juin. Et ils allaient tirer sur la flotte alliée.

Alors pourquoi prendre autant de risques pour la Pointe du Hoc et ne pas envoyer également une force spéciale contre Longues-sur-Mer ?

C’est une question que je me suis posée pendant longtemps.

Et une partie de la réponse se trouve peut-être tout simplement… dans la manière dont les canons étaient installés.

Deux batteries, deux menaces très différentes

Sur le papier, les deux positions étaient redoutables.

La Pointe du Hoc devait recevoir six canons français de 155 mm GPF, récupérés par les Allemands après 1940. Avec une portée voisine de 18 à 20 kilomètres, ils représentaient une menace majeure.

Le problème était surtout la position géographique de la batterie.

La Pointe du Hoc se trouve exactement entre Utah Beach et Omaha Beach.

Les planificateurs alliés considéraient donc que ces pièces pouvaient menacer les deux secteurs américains. L’US Army décrit d’ailleurs explicitement la mission des Rangers comme celle de neutraliser une batterie dont les canons pouvaient battre Utah et Omaha.

Pour le commandement allié, laisser cette batterie entrer pleinement en action au moment du débarquement représentait donc un risque difficilement acceptable.

Longues-sur-Mer possédait de son côté quatre canons de marine de 150 mm, installés dans quatre imposantes casemates Regelbau M272.

Leur portée avoisinait elle aussi les 20 kilomètres.

Longues était donc parfaitement capable de menacer une partie considérable de l’armada alliée au large de la côte normande.

Et elle le fit réellement le 6 juin.

Mais il existait une différence fondamentale entre les deux installations.

La protection de Longues était aussi sa limitation

Les quatre canons de Longues-sur-Mer étaient remarquablement protégés.

Chaque pièce était installée derrière plusieurs mètres de béton dans une casemate M272. Cette conception expliquera en partie pourquoi les bombardements précédant le Débarquement ne réussirent pas à détruire complètement la batterie.

 

 

Mais cette protection avait une contrepartie.
Un canon placé derrière une embrasure ne peut évidemment pas tirer à travers les murs de sa casemate.

Le modèle M272 permettait un secteur de tir horizontal d’environ 120 degrés.

C’est considérable pour une batterie côtière, mais cela impose malgré tout une direction générale : vers la mer.

Les pièces pouvaient balayer une vaste portion de la Manche et engager les bâtiments alliés entrant dans leur secteur de tir, mais elles ne pouvaient pas simplement pivoter vers l’arrière ou vers n’importe quel point de la côte.

Autrement dit, les énormes masses de béton qui avaient permis aux canons de survivre aux bombardements limitaient également leur liberté de tir.

Et c’est ici que la comparaison avec la Pointe du Hoc devient particulièrement intéressante.

À la Pointe du Hoc, une menace beaucoup plus flexible

Il faut apporter ici une précision importante.

On entend parfois dire que les canons de la Pointe du Hoc pouvaient tirer « à 360 degrés ».

Techniquement, ce n’est pas exact.

Le canon français de 155 mm GPF modèle 1917 disposait sur son affût d’un débattement horizontal d’environ 60 degrés sans repositionner la pièce.

Mais contrairement aux canons enfermés dans les M272 de Longues, les pièces de la Pointe du Hoc devaient pouvoir être utilisées depuis des positions ouvertes.

Elles n’étaient donc pas prisonnières d’une embrasure de béton.

Une pièce pouvait être réorientée et remise en batterie dans une autre direction, opération évidemment beaucoup moins immédiate qu’un simple mouvement du canon sur son affût, mais qui lui procurait une flexibilité qu’une casemate ne permettait pas.

Et surtout, la position géographique de la Pointe du Hoc était exceptionnelle.

À l’ouest : Utah Beach.

À l’est : Omaha Beach.

Devant : l’immense zone maritime dans laquelle allait évoluer la flotte d’invasion.

C’est précisément cette situation que notre carte interactive permet de visualiser très facilement.

La carte permet de comprendre le problème

Sur la carte, la différence devient beaucoup plus évidente.

La portée théorique des pièces de la Pointe du Hoc englobe une partie considérable des secteurs américains.

La batterie représentait donc potentiellement une menace pour Utah, Omaha et leurs approches maritimes.

Longues-sur-Mer dispose également d’une portée impressionnante. Ses 150 mm pouvaient parfaitement atteindre les bâtiments évoluant au large d’Omaha et de Gold.

Mais lorsque l’on ajoute la contrainte imposée par les casemates M272, on comprend mieux la différence.

Longues est essentiellement une batterie côtière antinavire orientée vers la Manche.

Elle constitue une menace très sérieuse pour les navires.

Mais elle ne possède pas la même liberté pour retourner son artillerie contre les secteurs terrestres du Débarquement.

Et cela change probablement considérablement l’évaluation du risque.

À la Pointe du Hoc, les Alliés veulent une certitude

Le plan concernant la Pointe du Hoc ne repose donc pas uniquement sur les bombardements.

Les Alliés veulent la certitude physique que les canons seront neutralisés.

La mission est confiée au 2nd Ranger Battalion du lieutenant-colonel James Earl Rudder.

Les compagnies D, E et F doivent débarquer directement sous la Pointe, escalader les falaises et s’emparer des positions.

D’autres Rangers doivent rejoindre la position après confirmation du succès ; un plan alternatif prévoit même leur débarquement à Omaha si cette confirmation n’arrive pas.

Cela montre l’importance accordée à l’objectif.

La Pointe du Hoc avait d’ailleurs fait l’objet de bombardements alliés bien avant le Jour J. Mais malgré ceux-ci, le commandement ne voulait manifestement pas simplement supposer que les pièces avaient été détruites.

Il fallait aller voir.

Et les détruire.

Sauf que les canons n’étaient plus là…

Lorsque les Rangers atteignent finalement les emplacements, ils découvrent quelque chose qui participera largement à la légende de la Pointe du Hoc :

les canons ne sont pas dans leurs positions.

Ils avaient été déplacés à l’intérieur des terres.

Des Rangers les découvriront plus tard, installés près d’un chemin et encore capables d’être utilisés, avant de les neutraliser.

Avec notre connaissance actuelle des événements, il est évidemment tentant de conclure que l’incroyable assaut de la Pointe du Hoc avait été organisé « pour rien ».

Mais ce serait profondément injuste envers les planificateurs de 1944.

Nous connaissons aujourd’hui l’emplacement des canons.

Eux ne disposaient pas de cette certitude au moment où il fallait décider.

Ils savaient simplement qu’une batterie de six pièces lourdes susceptible de battre Utah et Omaha se trouvait sur la Pointe du Hoc.

Face à une telle menace, ils avaient choisi la sécurité maximale.

À Longues, le pari est différent

Pour Longues-sur-Mer, le raisonnement semble avoir été tout autre.

Plutôt que d’organiser un débarquement spécifique contre les falaises et la batterie, les Alliés comptent sur les bombardements aériens et surtout sur l’artillerie navale pour neutraliser ses canons suffisamment longtemps.

Ensuite, les forces débarquées à Gold Beach pourront progresser par la terre et prendre la batterie par l’arrière.

C’est exactement ce qui finira par se produire.

Mais le matin du 6 juin, Longues est loin d’être neutralisée.

Ses canons entrent en action contre la flotte alliée.

La batterie échange notamment des tirs avec plusieurs bâtiments alliés. Le navire de commandement HMS Bulolo, devant Gold, doit déplacer sa position après avoir été pris pour cible. Les croiseurs britanniques HMS Ajax et HMS Argonaut interviennent contre la batterie.

Plus tard, alors que Longues reprend son activité en direction du secteur maritime d’Omaha, d’autres bâtiments participent à la contre-batterie, notamment le cuirassé américain USS Arkansas et les croiseurs français Georges Leygues et Montcalm.

Les énormes canons des bâtiments alliés constituent donc, en quelque sorte, la force d’assaut choisie contre Longues.

Non pas pour occuper immédiatement la batterie, mais pour l’empêcher de combattre efficacement jusqu’à l’arrivée des forces terrestres.

Les Alliés ont-ils pris un risque ?

Avec le recul, oui, incontestablement.

Et c’est précisément ce qui rend la comparaison fascinante.

À la Pointe du Hoc, les Alliés consacrent une unité d’élite à la destruction de canons dont ils craignent l’intervention… et découvrent finalement leurs emplacements vides.

À Longues-sur-Mer, ils ne prévoient aucun assaut terrestre immédiat contre quatre canons lourds qui, eux, sont bien présents, survivent aux bombardements et ouvrent réellement le feu contre l’armada.

Vu depuis 2026, cela peut sembler paradoxal.

Mais nous bénéficions de quelque chose que les hommes qui préparaient Overlord ne possédaient évidemment pas :

82 années de recul historique.

Le matin du 6 juin 1944, personne ne pouvait connaître à l’avance le résultat.

Le commandement allié avait dû hiérarchiser les menaces.

La Pointe du Hoc représentait potentiellement une batterie lourde susceptible d’intervenir sur les deux plages américaines et leurs approches.

Longues représentait une batterie côtière extrêmement dangereuse mais dont les secteurs de tir étaient davantage contraints par ses casemates et principalement dirigés vers la mer.

Contre cette dernière menace, les Alliés disposaient par ailleurs d’une puissance de feu navale absolument considérable.

Ils ont donc accepté de prendre ce risque.

Et si Longues avait été plus efficace ?

C’est peut-être la question la plus intéressante.

Imaginez quelques instants que les quatre canons de Longues soient sortis quasiment indemnes des bombardements, que leurs communications et leur conduite de tir fonctionnent parfaitement et que leurs servants réussissent rapidement à régler leurs tirs au milieu de l’incroyable concentration de navires présents devant les plages.

Les conséquences auraient pu être sérieuses.

Un coup heureux sur un transport de troupes, un bâtiment de commandement ou un navire chargé de matériel aurait pu provoquer des pertes importantes.

Le HMS Bulolo obligé de changer de position montre bien que la menace n’avait rien de théorique.

Mais Longues devait également affronter quelque chose que les batteries allemandes n’avaient probablement jamais connu à cette échelle : une armada capable de lui répondre presque immédiatement avec des cuirassés et des croiseurs.

Chaque fois que la batterie révélait son activité, elle risquait de recevoir en retour des obus navals d’un calibre considérable.

Le rapport de force était disproportionné.

Longues tombe finalement… par la terre

Le lendemain, 7 juin 1944, la situation est totalement différente.

Les Britanniques ont progressé depuis Gold Beach.

Des hommes de la compagnie C du 2nd Devonshire Regiment atteignent la batterie de Longues-sur-Mer.

La position est finalement prise depuis l’intérieur des terres.

Il n’aura donc pas été nécessaire d’organiser un second assaut spectaculaire comparable à celui de la Pointe du Hoc.

Le pari allié avait fonctionné.

Une même menace, deux solutions différentes

C’est finalement ainsi que je comprends aujourd’hui la différence entre ces deux opérations.

Il serait probablement trop simple de dire :

« La Pointe du Hoc était importante, Longues ne l’était pas. »

Longues était évidemment importante. Les événements du 6 juin le démontrent.

La différence réside plutôt dans la nature de la menace.

À la Pointe du Hoc, les Alliés pensaient faire face à une artillerie lourde en positions ouvertes, susceptible d’être réorientée et capable, par sa situation géographique, de menacer Utah, Omaha et les forces navales.

Il fallait donc obtenir une certitude : atteindre physiquement les canons et les détruire.

À Longues-sur-Mer, les canons étaient beaucoup mieux protégés derrière leurs casemates M272.

Mais cette protection les contraignait également à des secteurs de tir d’environ 120 degrés principalement dirigés vers la mer.

La menace était donc davantage maîtrisable par les bâtiments de guerre alliés eux-mêmes.

Pointe du Hoc : bombardement, assaut et destruction physique des pièces.

Longues-sur-Mer : bombardement, contre-batterie navale, puis capture par la terre.

Deux batteries.

Deux conceptions.

Deux menaces.

Et finalement, deux réponses tactiques totalement différentes.

Et les autres batteries ?

La comparaison devient encore plus intéressante lorsque l’on regarde les autres positions allemandes.

Sur le flanc d’Utah Beach se trouvaient notamment les importantes batteries d’Azeville et de Crisbecq.

Là encore, les Alliés ne lancèrent pas au matin du 6 juin une opération spéciale comparable à celle de la Pointe du Hoc. Les positions furent bombardées et les combats terrestres se développèrent ensuite avec la progression des troupes américaines.

Crisbecq, notamment, opposa une résistance particulièrement forte et ne fut définitivement abandonnée par ses défenseurs que plusieurs jours après le Débarquement.

Le cas de Brécourt est très différent.

Les quatre obusiers de 105 mm installés près du manoir de Brécourt tiraient directement sur Utah Beach le matin du 6 juin. Ils représentaient donc une menace immédiate pour les hommes qui débarquaient.

Des parachutistes de la Easy Company du 506th Parachute Infantry Regiment, 101st Airborne Division, conduits par le lieutenant Richard Winters, attaquèrent alors la position et neutralisèrent les pièces.

Là encore, la logique est évidente : une batterie qui frappe directement une plage au moment du débarquement devient une priorité absolue.

Merville : l’autre grande opération spéciale

Le cas de Merville est encore plus révélateur.

La batterie était elle aussi protégée par des ouvrages bétonnés. Cela n’empêcha pourtant pas les Britanniques de prévoir sa destruction par un assaut aéroporté spécialement organisé avant le débarquement.

Pourquoi ?

Parce que Merville était considérée comme une menace directe pour Sword Beach et pour les forces navales qui s’en approcheraient.

La mission fut confiée au 9th Parachute Battalion britannique, commandé par le lieutenant-colonel Terence Otway.

Malgré une opération qui tourna très loin du plan initial, parachutistes dispersés, matériel lourd perdu et effectifs très réduits, les hommes d’Otway attaquèrent la batterie avant l’aube.

Cela montre bien que la présence de casemates n’explique pas à elle seule le choix d’un assaut.

Le critère essentiel était probablement davantage : que peut faire cette batterie si elle est encore opérationnelle lorsque les hommes arrivent sur les plages ?

La carte interactive qui accompagne cet article permet de visualiser cette situation : les positions des batteries, leurs portées théoriques, l’orientation des plages et surtout les différences considérables entre leurs possibilités de tir.

Elle permet aussi de comprendre quelque chose que les chiffres seuls montrent assez mal :

sur une carte, la décision alliée de lancer les Rangers contre les falaises de la Pointe du Hoc devient beaucoup plus compréhensible.

Et elle montre également que, le 6 juin 1944, en choisissant de ne pas lancer une opération similaire contre Longues-sur-Mer, les Alliés avaient tout de même accepté une part de risque.

Un risque calculé.

Et, finalement, un pari réussi.

(NB : Cet article a été réalisé en partie avec de l’IA)

Le partage c'est la liberté

Liberty Ship Jeremiah O’Brien

Le SS Jeremiah O’Brien est l’un des derniers cargos de type Liberty Ship encore en état de navigation. Construit en 1943 aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, il faisait partie d’une gigantesque série de 2 710 Liberty Ships produits pour soutenir l’effort de guerre allié. Ces navires étaient conçus pour être simples, robustes et surtout rapides à construire : certains chantiers parvenaient à en assembler un en environ 40 à 50 jours, et le record de construction fut même d’un peu plus de 4 jours.

Le Jeremiah O’Brien a participé à plusieurs convois dans l’Atlantique et est surtout connu pour son rôle après le Débarquement de Normandie en juin 1944. Il a transporté du matériel et des ravitaillements essentiels pour les forces alliées, opérant au large des plages d’Omaha Beach et d’Utah Beach.

Après la guerre, le navire fut retiré du service et placé pendant plusieurs décennies dans la flotte de réserve américaine. Sauvé de la démolition dans les années 1970 par des passionnés, il a été restauré et transformé en navire-musée.
Aujourd’hui, il est amarré au Pier 45 à San Francisco, où les visiteurs peuvent découvrir l’intérieur d’un véritable cargo de la Seconde Guerre mondiale. Il navigue encore occasionnellement pour des commémorations historiques.

Une partie des bénévoles du Jeremiah O’Brien, une super équipe de passionnés.

Véritable témoin de l’histoire maritime et industrielle, le SS Jeremiah O’Brien rappelle le rôle crucial joué par la flotte de cargos américains dans la victoire alliée.

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Memorial Day

le Memorial Day rend hommage à tous les membres des forces armées des Etats-Unis morts au combat sur tous les théâtres d’opérations pour toutes les guerres.

Il a lieu le dernier lundi du mois de mai de chaque année.

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Adolf Diekmann – La fin d’un bourreau

Le SS sturmbannführer Adolf Diekmann ne vous dit peut-être rien❓
il repose presque anonymement parmi 21221 autres militaires allemands.
Il commandait le 1️⃣er bataillon du 4️⃣e régiment de Panzergrenadier « Der Führer » de la 2️⃣eme SS-Panzer-Division.
Vous ne voyez toujours pas ❓
La 2️⃣eme SS-Panzer-Division est plus connue sous l’appellation Division « Das Reich » ❗️
Voila nous y sommes, devant la tombe du bourreau d’Oradour-sur-Glane où 643 personnes ont été assassinées le 10 juin 1944.
Il mourra lors de la bataille de Normandie le 29 juin 1944 et échappera en quelque sorte à son crime…
🔎 Pour la petite histoire, son compagnon de pierre tombale, le grenadier Georg Bossl est mort le 9 juin 1944, le même jour que le massacre de Tulle également orchestré par la « Das Reich »…
⏳Ne jamais oublier ⌛️
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