Omaha la sanglante

« Bien sûr tous ceux qui allaient participer étaient très occupés. Nous nous préparions depuis des mois avec des manoeuvres intensives de tous types. J’étais dans la 1ère Division , 16ème d’Infanterie, Compagnie G. J’étais First Sargent avec 226 hommes et l’assistance médicale.
Notre assaut commença à 6 heures 30. Nous avons quitté nos navires de transports et nous avons été chargés en vue du débarquement. Nous avons en affet atteint la plage à 7 heures environ. Alors que nous approchions du rivage, nous avons rencontré un feu nourri provenant de tous les types d’armes qu’ils possédaient.
Sur la 1ère vague, un grand nombre d’hommes était perdu, tué et blessé. J’étais sur la plage depuis environ 50 yards lorsque j’ai été sérieusement blessé à la cuisse droite et au bras droit. La meilleure anecdote me concernant est que je suis resté sur la plage une bonne partie de la journée avant d’obtenir de l’aide. L’infection s’était installée et il s’en fallu de peu que je perde ma jambe et mon bras. J’ai été évacué dans un hôpital en Angleterre et ensuite aux Etats-Unis où je suis resté à l’hôpital pendant quelques temps. Je boîte de la jambe droite et elle est beaucoup plus faible que la gauche mais pendant toutes ces années j’ai réussi à m’en servir.
Je dois dire que je ne peux toujours pas nous imaginer survivre à ce que l’on a fait à Omaha. Tout ce que je pouvais voir était des morts et des blessés. Il semblait qu’ils étaient empilés les uns sur les autres, une vision dont je ne veux pas me souvenir !
J’ai perdu beaucoup de bons amis là bas. J’ai aussi participé à l’invasion d’Afrique du Nord et de Sicile mais rien n’était comme Omaha. Beaucoup de bateaux firent naufrage et beaucoup d’hommes furent perdus avant de pouvoir atteindre la plage d’Omaha. Bien sûr, la plage était parsemée d’obstacles en tous genres et de mines, qui la rendaient presque impossible à traverser. Je ne pensais pas que nous pouvions le faire et nous l’avons fait ! Laissant beaucoup de braves gars morts ou grièvement blessés. Pendant que j’étais allongé et que je regardais vague après vague, il m’a semblé qu’ils gagnais du terrain.Je n’ai pas été impliqué dans l’action après le débarquement car j’ai été évacué quelques heures plus tard. Je sais que çà a été très difficile et que nous avons payé beaucoup pour chaque pied de terrain que nous avons gagné. C’était assurément une bataille sanglante.
Nous nous sentions tous fiers d’être là pour aider les alliés à stopper Hitler. Les Français sont sortis pour montrer leur gratitude. Ils peuvent être fiers du rôle qu’ils ont joué pour gêner les Allemands lorsqu’ils en ont eu la possibilité. Je suis heureux de partager cette histoire avec vous parce que çà vaut le coup. J’espère que les jeunes générations comprendront que les Américains sont leurs amis et que nous devons travailler ensemble pour éviter qu’un autre Dictateur apporte encore la mort et la souffrance.
Je mentionne le Capitaine Joe Dawson. Il était mon Commandant de Compagnie. Il a grimpé une colline avec une poignée d’hommes et s’en est emparé en réduisant un nid de mitrailleuse. La colline porte le nom de Dawson Ridge aujourd’hui et il fut décoré de la Distinguished Service Cross par le Général Eisenhower. Dawson était un ami. Il est décédé en 2002. Je vous souhaite à vous et votre pays le meilleur et puissions nous profiter de la liberté pour laquelle nous nous sommes battus pendant un long moment. »
 
EUEL W. Lambert Témoignage recueilli par Pascal Lhoutellier en juillet 2003

Heure H

Débarquant à 6h30, les premières vagues, accueillies par un feu nourri, sont clouées sur la plage. Les bombardements aériens de la nuit, comme les tirs déclenchés par l’artillerie de marine avant l’assaut, se sont révélés fort peu efficaces.

Les défenses allemandes, pratiquement intactes, prennent la plage en enfilade et sèment la mort dans les rangs des assaillants. Comble de malchance, les chars amphibies ont presque tous sombré avant d’atteindre la côte, privant ainsi les fantassins d’un indispensable appui d’artillerie. Au fil des heures, la situation ne cesse d’empirer. La plage, de plus en plus réduite du fait de la marée montante, s’encombre de cadavres roulés par les flots, d’innombrables blessés et de carcasses fumantes d’engins détruits par les obus. Les péniches apportant les renforts s’empalent ou sautent sur les obstacles que les hommes du génie, décimés par les pertes, n’ont pas réussi à dégager à temps.
Après un calvaire de plusieurs heures pour les soldats américains, la situation évolue enfin en leur faveur. Faute de pouvoir emprunter les vallées, trop solidement défendues, les Gi’s, à force d’énergie et de courage, parviennent en fin de matinée à escalader l’escarpement et à s’infiltrer par petits groupes sur le plateau pour prendre à revers un ennemi dont la résistance commence d’ailleurs à faiblir
Au soir du Jour-J, la tête de pont d’Omaha n’a guère plus de 2 kilomètres de profondeur. L’opération, très mal engagée, s’achève néanmoins par un succès, mais à quel prix ! Les pertes s’élèvent à plus de 3 000 hommes (quinze fois plus que sur Utah Beach), dont – officiellement – un millier de morts.
Source : normandiememoire.com

The night of the nights

Il faisait nuit noire, un léger brouillard montait du sol. Je sautai et mon parachute s’ouvrit avec un grand claquement de toile qui traduisait la surcharge de mon équipement de combat.
J’avais 24 ans, capitaine au 501ème régiment d’infanterie rattaché à la 101ème division aéroportée qui, avec la 82ème division, avait lâché du haut du ciel 12000 hommes au cours de cette fameuse nuit. Nous étions le fer de lance de l’invasion de l’Europe.
A cette occasion, on nous avais rasé les cheveux-les chirurgiens avaient déclaré que cela serait plus commode pour recoudre les plaies du crâne-nos visages et nos mains avaient été passés au noir de fumée pour être moins visibles. Nous portions un treillis de combat et des bottes de saut spéciales. Tous nos vêtements, y compris sous-vêtements et chausettes, avaient été imprégnés d’un produit chimique destiné à nous protéger des gazs et nous sentions aussi mauvais qu’une meute de putois. En temps normal, je pesais un peu plus de 80 kg mais, cette nuit-là, je dépassais largement les 100 kg.
Mon équipement comprenait tout ce qu’il fallait pour le saut de cette nuit. Deux parachutes, l’un dans le dos et celui de secours sur le ventre. Nous portions tous un gilet de sauvetage gonflable parce que nous devions survoler la mer et sauter près d’une rivière. D’ailleurs, beaucoups d’hommes furent heureux d’en avoir été pourvu cette nuit-là.
Nous portions également un baudrier et une cartouchière autour des reins, lestée de 30 cartouches de calibre 45 pour pistolet automatique et d’une centaine de balles de 30 pour notre carabine. Ajoutez à cela deux grenades à main, un pistolet de 45 chargé et armé, une carabine à crosse pliante de 30, également chargée et armée, un poignard avec une lame de 30 cm attaché à la guêtre gauche pour les combats au corps à corps, une gamelle avec un quart, une cuillère et un plat métallique pour cuisiner, des comprimés pour purifier l’eau, une trousse d’urgence fixée au filet de camouflage du casque, une autre trousse médicale comprenant deux doses de morphine injectable, un desinfectant, des compresses. Dans une poche sur la cuisse, on avait glissé une petite mine anglaise antichar car les blindés pullulaient dans les parages, un masque à gaz (j’avais ajouté deux boites de bière). Sur les épaules, un havresac contenant un poncho imperméable, une couverture, une brosse à dents, du papier toilette et six boîtes de rations « K » de survie. Notre fourmiment comptait aussi une pelle-pioche pour creuser un abri individuel, des cartes, une lampe torche et une boussole. On nous avait en outre remis une « trousse d’évasion » contenant une boussole miniature, une carte de France imprimée sur soie et l’équivalent de 300 dollars en billet de banque français usagés. Pour parfaire notre équipement, nous avions reçu deux autres « gadgets ». D’abord une plaque-matricule d’idendification soudée à une chaîne métallique autour du cou et conçue de telle sorte qu’elle ne fasse aucun bruit malgré nos mouvements. Ensuite, à la veille de l’invasion, on nous avait munis d’une ultime surprise : un « criquet », petit objet métallique de bronze et d’acier. Quand on pressait la languette d’acier, l’objet émettait une sorte de claquement sec et quand on le relâchait, il refaisait le même bruit. Nous ne nous étions jamais servi, nous n’en avions même jamais entendu parler, mais il allait devenir, au cours de cette fameuse nuit, le moyen essentiel de reconnaissance, pour distinguer dans l’obscurité un ami d’un ennemi.
 
Patch de la 101 ème division d’infanterie aéroportée américaine « Screaming Eagles »
Sam Gibbons, I was there, Mémorial de Caen